Étude : Les BSPCE dans les startups en France

Avec l’émergence d’une French Tech plus forte que jamais, et d’un marché de l’emploi de plus en plus concurrentiel, il devient indispensable de proposer à ses salariés un intéressement au capital pour viser des histoires toujours plus ambitieuses.

Le BSPCE est aujourd’hui l’outil d’intéressement privilégié en startup permettant l’alignement des intérêts de l’ensemble des parties prenantes et le partage de la valeur créée.

Caption, 1ère plateforme permettant d’acheter et de vendre les actions des start-ups françaises, notamment issues de BSPCE, dévoile aujourd’hui les résultats de la plus grande étude jamais réalisée sur la perception des BSPCE par les salariés de la French Tech.

Méthodologie

Cette enquête se positionne comme une tribune libre offrant la possibilité à tout à chacun de faire entendre sa voix sans pression diverse ni enjeu interne. Treize questions leur ont été soumises par l’intermédiaire d’un Google Form, nécessitant environ trois minutes de réflexion, afin de mesurer leur attrait, leur discernement et leur affection pour le BSPCE.

Ces derniers ont pu répondre à notre sondage et s’exprimer de manière anonyme.

L’échantillon de participants est composé de 419 répondants, permettant d’afficher une marge d’erreur négligeable de 5% sur l’ensemble des salariés titulaires de BSPCE en France

Pour collecter un nombre suffisant de réponses afin de réduire la marge d’erreur inhérente à tout sondage, nous avons adressé notre base utilisateurs et utilisatrices (plus de 20 000 membres) en parallèle d’un appel public relayé sur les réseaux sociaux et par certains médias tels que Maddyness.

Mais au fait, c’est quoi un BSPCE ?

88,3% des salariés connaissent la signification du signe BSPCE

Nous avons commencé l’enquête par une question simple. « Connaissez-vous la signification de l’acronyme BSPCE ? » Le but de cette question n’était pas de les ramener sur le banc de l’école mais plutôt de savoir si ce terme quelque peu barbare était clair pour eux. En effet, son équivalent anglophone – “stock option” – peut être mieux compris à première vue. Il semblerait en tous cas qu’une grande majorité des répondants connaisse les Bons de souscription de parts de créateur d’entreprise (BSPCE), et c’est une excellente nouvelle !

Connaissance du mécanisme de BSPCE

62,3% des interrogés estiment avoir une bonne connaissance des mécanismes intrinsèques aux BSPCE (attribution, vesting, prix d’exercice, etc.)

Le chemin est encore long pour afficher une compréhension unanime de l’outil, mais ce chiffre reste encourageant. Il faut dire que depuis plusieurs mois, plusieurs startups reconnues ont communiqué sur les BSPCE et leur façon d’éduquer les salariés. C’est le cas de Matera par exemple qui a sorti son simulateur en libre accès, ou encore Alan qui partage régulièrement des ressources sur son blog. Plus de travail de pédagogie dans les startups, et surtout une matérialité plus grande devraient tirer cette statistique à la hausse.

L’intéressement comme facteur de motivation

Nous avons demandé aux salariés de noter, de 0 à 10, à quel point l’intéressement au capital est une motivation pour eux en intégrant une startup. Il y a encore quelques années, personne ne connaissait réellement les BSPCE en France. Aujourd’hui, force est de constater que l’intéressement au capital devient une des principales sources de motivation pour les salariés : sur une échelle de 1 à 10, plus de 70% d’entre eux placent ce critère de motivation à 8/10 ou plus, dont 32,2% à 10/10.

La prise de poste

Bien que l’intéressement soit un facteur de motivation important pour rejoindre une startup, seulement 36,3% des salariés négocient leur package de BSPCE lors d’une prise de poste. Il est en effet plus courant de négocier son salaire, élément plus concret du package de rémunération.

Aussi, nombreux sont les salariés qui n’ont pas accès à la documentation juridique attachée à leurs BSPCE avant la signature de leur contrat. Et quand il y ont accès, ils sont très rarement accompagnés de conseils pouvant leur expliquer les tenants et aboutissants. Près d’un salarié sur deux précisent donc ne pas parcourir cette documentation généralement dense et complexe.

Une nouvelle génération de salariés, plus agile

Deux statistiques viennent battre en brèche le fantasme du talent qui reste jusqu’à la vente ou l’introduction en Bourse de sa startup. Effectivement, les temps changent, et les générations aussi…

Ainsi, 81% des salariés estiment qu’ils resteront moins de 5 ans dans leur société. Le corollaire est d’autant plus intéressant à analyser puisque 78,50% des sondés déclarent vouloir que leurs BSPCE se transforment en argent réel avant 5 ans (dont près de 50% entre 3 et 5 ans).

startup salarie retention stat

Durée prévue à rester dans votre société

 

startup salarie gain bspce stat

Espérance de gains avec les BSPCE

 

startup salarie bspce exercice duree

Horizon de temps souhaité pour convertir des BSPCE en argent « réel »

Des BSPCE en attente d’exercice

Si 7 salariés sur 10 n’ont toujours pas exercé leur BSPCE, c’est le plus souvent par manque de visibilité sur la vente potentielle de leurs actions. Pire, 34% des salariés ont déjà abandonné leurs BSPCE, le plus souvent, lorsqu’ils quittent une société.

Bon nombre d’entrepreneurs leaders de la French Tech ont pris ce sujet à bras-le-corps pour favoriser la liquidité, telles que October, BlaBlaCar ou Ledger.

Depuis des années, BlaBlaCar permet par exemple la revente de ses actions sur des plateformes secondaires telles que Caption. Ledger, de son côté, a décidé cette année d’ouvrir deux fenêtres annuelles pendant lesquelles les salariés peuvent vendre une partie de leurs actions à des investisseurs particuliers.

Une French Tech à la recherche de justice et de transparence

Pour finir ce tour d’horizon, nous abordons deux épineuses questions sur l’éthique entourant les plans d’intéressement.

67% des interrogés jugent que l’actionnariat salarié n’est pas géré de manière juste et transparente au sein de leur startup.

Cela semble faire écho à l’enquête du Monde publiée en janvier 2021 qui dénonçait les pratiques de plusieurs startups reconnues.

De plus, 68% des salariés refuseraient de rejoindre une startup qui intègre des clauses empêchant la revente potentielle de leurs actions (agrément, incessibilité, etc.).

Ces clauses existent depuis des années mais prolifèrent depuis un an maintenant en France. Plusieurs cabinets d’avocats les nomment les “clauses anti-Caption”. Elles sont surtout des clauses “anti-liquidité” qui bloquent les salariés dans la revente potentielle de leurs actions. Cette statistique nous montre que les employés ne sont pas alignés avec ces pratiques, souvent imposées sans leur accord.

Conclusions de l’enquête

A l’orée de ces résultats, plusieurs conclusions viennent à l’esprit.

Bien utilisé, le BSPCE est un outil puissant…

De nombreux entrepreneurs se battent pour faire croître leur société et partager cette réussite avec tous ceux qui contribuent à ce succès. Chez Caption, on voit passer tous les jours de belles histoires, des salariés qui ont pu bénéficier du succès de leur société pour réaliser des projets personnels, des reconversions, des changements de vie. L’écosystème tech peut être un merveilleux ascenseur social avec des outils comme les BSPCE. Ces derniers ont été nativement bien pensés par le législateur qui avait décidé de l’inscrire dans le Code Général des Impôts. Les améliorations apportées dans le cadre de la loi de finance 2020, avec notamment la possibilité d’émettre les BSPCE à un prix d’exercice inférieur au prix de la dernière augmentation de capital, continuent de rendre ce régime attractif. Le cadre légal n’est pas à modifier, c’est plutôt la manière d’en faire usage au sein de startups qui est à améliorer pour promouvoir attractivité et rétention.

Malgré certaines idées reçues

Non, les BSPCE ne sont pas des menottes dorées qui retiennent les talents jusqu’à la cession de la société. Et ce n’est même pas souhaitable tant une startup a plusieurs vies, nécessitant une consommation d’énergie importante pour les équipes, et une diversification des profils. Cette image du contrat moral, à la vie à la mort, est un serment qui n’a plus sa place dans la société actuelle où le moyen terme est une hérésie pour les jeunes générations. Peut-être faudrait-il repenser la façon d’attribuer des BSPCE ? Donner moins mais plus vite. Distribuer un peu chaque année plutôt que tout d’un coup. Ce sont des pistes qui commencent d’ailleurs à être implémentées dans plusieurs startups qui voient l’intéressement comme un multiplicateur de salaire concret et significatif.

Éduquer et mieux représenter…

Il est marquant de voir que la plupart des salariés nous contactant cherchent avant tout des réponses et clarifications sur leur package. Si plusieurs startups passent de plus en plus de temps à éduquer leurs employés sur ces sujets, il manque très souvent un interlocuteur référent en interne, qui saurait faire le lien avec les fondateurs pour communiquer leurs revendications. On peut donc se poser la question si finalement, les actionnaires-salariés ne devraient pas, eux aussi, bénéficier d’une représentativité dans les négociations et la gouvernance des startups à hauteur de leur détention capitalistique. Quels actionnaires, représentant 5 à 15% du capital d’une startup, accepteraient de ne pas être représenté.es ou disposer d’une place au sein des organes de gouvernance de la société ? Nous tirons souvent à boulets rouges sur les grandes entreprises mais la loi PACTE a su renforcer l’obligation de présence de salariés au sein des conseils d’administration.

Pour plus de libertés

Les promesses c’est bien, les actes c’est forcément mieux. Il est temps de récompenser les talents tout au long de leur engagement à vos côtés. La liquidité est le parent pauvre des BSPCE, et de manière générale des stock-options de sociétés non cotées. Pourtant, elle est le seul juge de paix pour un talent souhaitant être recruté ou se posant la question de quitter votre entreprise. Car aujourd’hui, de par leur intangibilité, les BSPCE ne constituent, et ne constitueront jamais, un outil de rétention efficace. Pour preuve, il y a peu de chances qu’un talent de chez Amazon, Google, Meta ou encore Tesla soit prêt à rejoindre une startup proposant des BSPCE, en renonçant à son package de stock options vendables librement sur les marchés.

Et imaginer un futur avec optimisme

Il y a encore quelques années, personne ne connaissait réellement les outils d’intéressements en France, alors qu’ils étaient déjà monnaie courante outre-Atlantique. En 2022, on peut le dire, le BSPCE fait partie des éléments de rémunération les plus en vogue dans l’écosystème, et cela n’est pas près de s’arrêter. Sa démocratisation a permis aux salariés de s’emparer du sujet pour mieux comprendre comment il fonctionnait, et surtout, comment il pouvait leur changer la vie. On vit aujourd’hui dans une époque où vous pouvez rejoindre une startup, et quelques années plus tard, gagner assez d’argent pour financer vos projets rêvés, personnels comme professionnels. Alors que les exits sont encore rares ou lointaines, tout cela est possible grâce au concours de ces entrepreneurs pionniers qui ont compris qu’il ne fallait pas bloquer la liquidité, quel que soit le stade de maturité de leur société.

Chez Caption, nous travaillons au quotidien avec eux pour bâtir des partenariats durables et structurants. Pour construire les champions de demain, il nous faudra être compétitifs à tous les niveaux. Cela passera inévitablement par une meilleure redistribution de la richesse créée par tous les talents et l’émergence de licornes à forte valeur partagée.

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