Préjugés et idées reçues sur la liquidité des salariés

Imaginez un monde dans lequel vous n’avez pas besoin d’attendre une hypothétique entrée en Bourse ou un rachat de votre startup pour transformer vos stock-options en cash.

C’est là qu’interviennent les programmes de liquidité réservés aux salariés, calqués sur le modèle des stock-options de sociétés cotées.

Largement pratiqués aux Etats-Unis, les startups donnent aux salariés la possibilité de matérialiser chaque année la valeur de leurs stock-options en toute liberté.

En Europe, la grande majorité des startups en private equity sont encore réticentes à l’idée de recourir à la liquidité partielle au profit des salariés. Malheureusement, plusieurs mythes et idées reçues sur la liquidité expliquent ce retard.

Mythe sur la liquidité #1 : Les BSPCE sont un outil de rétention

Nombreux sont les fondateurs soulignant que les BSPCE pourraient constituer un outil de fidélisation important pour leurs salariés. Malgré tout, 9 dirigeants de startups sur 10 précisent que leurs salariés ne se rendent pas compte de la valeur réelle de leurs BSPCE.

Et pour cause, les BSPCE dans leur forme actuelle ne bénéficient :

  • ni d’une réévaluation permanente : seules les nouvelles levées de fonds permettent d’actualiser leur valeur grâce au nouveau prix par action pratiqué, laissant les salariés sans visibilité pendant de nombreux mois ;
  • ni d’une liquidité réelle dans le cas où un salarié aurait besoin de vendre ses actions obtenues en exercice de ses BSPCE pour financer un projet personnel.

Résultat : 4 salariés sur 5 que nous avons rencontrés jugent leurs BSPCE comme « virtuels » et contraignants en termes de conditions. Le fait de devoir patienter jusqu’à l’exit de leur société alors qu’ils ont vesté leurs BSPCE pendant des années reste notamment une vraie problématique à leurs yeux.

Les BSPCE étant trop peu liquides, ils ne permettent pas aux salariés d’améliorer leur train de vie quand ils en ont réellement besoin. Au moment de songer à un départ, il y a donc peu de chance qu’ils soient mis dans la balance contrairement au gap salarial offert par un nouvel employeur.

Nous avons été surpris de constater que l’écrasante majorité des salariés interrogés, même ceux disposant de +150K€ de patrimoine « virtuel » en cas de vente de leurs actions issues de l’exercice de leurs BSPCE, précisent que ceux-ci ne sont pas une variable de rétention pour eux contrairement au salaire, aux valeurs ou vision de leur startup, aux relations humaines entretenues avec leurs collègues, ou encore à leur périmètre de responsabilité.

Mythe de la liquidité #2 : Les employés qui vendent des actions vont partir

L’actionnariat, qui motive les nouvelles recrues et les employés, perd de son intérêt si les gains semblent lointains et hypothétiques. Les start-ups européennes pré-IPO ont ainsi du mal à promettre une sortie lucrative pour contrôler l’attrition de leur personnel, contrairement aux startups ayant réalisé une introduction en Bourse.

En effet, l’offre de liquidité encourage les employés à rester en place comme le démontre l’usage systématique de packages de stock-options dans les entreprises cotées.

La liquidité offerte aux stock-options est un véritable complément de salaire pour les employés qui l’intègrent pleinement dans leurs packages et la gère en toute liberté.

Si, à la fin de sa première année vestée, le salarié choisit de percevoir 30K€, tout en sachant que l’année suivante, il pourrait encaisser 50K€ s’il continue à créer de la valeur pour sa startup conduisant à une augmentation de la valorisation de celle-ci, et encore plus en troisième année… Ce n’est plus du virtuel mais bien du réel !

Dans ce scénario, seront-ils réellement incités à quitter leur startup comparativement au vesting actuel qui leur donne uniquement le droit d’investir plus pour exercer plus de BSPCE sans garantie de liquidité ?

De même, dans un marché du travail de la tech plus concurrentiel que jamais, la liquidité permet d’éviter la chasse des talents. Le fait de pouvoir encaisser des fonds conséquents régulièrement, et de manière libre selon les événements de vie de chacun, dissuade les employés de partir pour un salaire supérieur, et/ou un package de stock-options digne de ce nom leur permettant d’améliorer leur quotidien.

Recruter est d’une difficulté sans nom. Lorsque vous avez formé quelqu’un qui s’est parfaitement intégré à votre philosophie, process et équipe, la dernière chose que vous souhaitez est qu’il quitte votre société parce qu’il n’a pas le niveau de vie souhaité, ou qu’il a besoin d’une entrée de revenus immédiate pour financer des projets personnels (immobilier, mariage, enfants, création d’un premier patrimoine, soutien à des proches, etc.).

Mythe de la liquidité #3 : Les investisseurs n’apprécient pas voir des salariés s’enrichir

Personne ne veut contrarier son board ou ses VCs. Pour certains, l’idée de donner aux salariés le droit de vendre des pools de BSPCE vestés semble radicale. Mais elle ne l’est pas véritablement en y regardant de plus près.

Les VCs, en tant que professionnels de l’investissement rencontrant des milliers de sociétés, savent pertinemment que le succès d’une startup réside dans ses talents. Peu importe le secteur, le go-to-market, la tech, ou le marché, ce sont les Hommes qui font la valeur d’une startup, lui permettent de scaler, lever plus de fonds, et ainsi accroitre la valeur liquidative de leurs participations en attendant de matérialiser des gains réels au moment de l’exit.

Aujourd’hui aux USA, dans la lignée des Sharespost, Manhattan Ventures ou encore CartaX, les investisseurs connaissent l’importance de la liquidité en tant qu’outil de rétention salariale au même titre qu’ils sont les premiers pourvoyeurs de cash-out pour les fondateurs depuis plus de 10 ans maintenant.

Il existe également des raisons plus immédiates et tangibles pour que les investisseurs soutiennent les programmes de liquidité.

Au fur et à mesure des tours de table, la part de chacun des actionnaires dans la table de capitalisation se réduit, malgré la clause anti-dilution contenue dans le pacte d’actionnaires. Les investisseurs, qui cherchent à maximiser leur multiple en maintenant leur participation, ne sont jamais ravis de se faire diluer.

Les événements de liquidité intermédiaires sont d’excellentes occasions pour compenser une dilution consécutive à une levée de fonds. Si les salariés ont la possibilité de transformer une partie de leurs actions en liquidité chaque année, les investisseurs existants ont la possibilité de se reluer en achetant ces actions en vertu du droit de préemption contenu dans le mini-pacte signé par le salarié.

Tout comme l’actionnariat salarié est devenu une attente de tous les salariés de la Silicon Valley à la fin des années 90, la liquidité est devenue un nouveau droit fondamental des salariés depuis quelques années.

Et en France ? Même si l’on voit quelques améliorations, on attend encore cette révolution qui profiterait aux salariés qui souhaitent plus que jamais être récompensés à hauteur de leur engagement quotidien.

Des startups comme Alan ont montré la voie en assouplissant considérablement les conditions d’exercice des BSPCE. Mais la route est encore longue pour que les employés puissent changer de vie personnelle grâce à leurs stock options, tout en continuant à oeuvrer pour leur startup dans la sphère professionnelle.

Partager cet article