Se connecter Rejoindre Caption
← Retour aux articles

Fitness et salles de sport : état des lieux d’un marché européen en croissance

Margot Viard-Decornoy · 26 août 2026

Fitness et salles de sport : état des lieux d’un marché européen en croissance

Après un premier financement d’un multi-franchisé du réseau de salle de sport On Air en 2025 et l’étude de nombreux dossiers du secteur reçus depuis, nous avons été amenés à nous intéresser particulièrement à ce marché en pleine transformation.

En une décennie, le fitness a changé de nature. Ce qui était un commerce de proximité est devenu un secteur d’investissement structuré, avec des revenus récurrents et une consolidation européenne déjà bien avancée.

Nous vous proposons donc aujourd’hui un tour d’horizon de ce marché : l’Europe d’abord, la France ensuite, puis l’Espagne, qui en est aujourd’hui le segment le plus dynamique.

Un marché européen qui bat des records

Le European Health & Fitness Market Report, publié chaque année par Deloitte et EuropeActive, fait référence dans la profession. Son édition 2026, parue en avril dernier, indique pour l’exercice 2025 :

  • 39,1 Md€ de chiffre d’affaires, en hausse de 9,1 %
  • 75,5 millions d’adhérents (+5,8 %), soit le premier franchissement du seuil des 75 millions
  • environ 67 500 clubs (+2,8 %)
  • un taux de pénétration de 9,3 % de la population totale, ou 11,0 % de la population de 15 ans et plus

La composition de cette croissance compte plus que son niveau. En 2019, avant la crise sanitaire, le marché comptait 64,8 millions d’adhérents pour 28,2 Md€ de chiffre d’affaires et 63 644 clubs. Six ans plus tard, les adhérents ont progressé d’environ 16 % et le chiffre d’affaires de près de 39 %, pour un parc de clubs pratiquement inchangé. La croissance du secteur vient donc de la densification des clubs existants et de la hausse du revenu par adhérent, bien plus que de l’ouverture de nouveaux mètres carrés. Cette tendance semble donc indiquer que la demande est plus que jamais présente avec un potentiel risque de saturation des clubs existants, appelant au déploiement de nouvelles salles dans les prochaines années.

La consolidation, ensuite, s’accélère nettement. Deloitte recense 27 opérations de fusion-acquisition en 2025, contre une moyenne de 20 sur cinq ans, portant sur 936 clubs. Les vingt premiers opérateurs européens pèsent désormais 28 % du marché et croissent près de trois fois plus vite que lui, avec 16 % d’adhérents supplémentaires sur l’année. L’opération la plus importante a été le rachat du franchiseur allemand clever fit par Basic-Fit pour 160 M€, assortis de 15 M€ de complément de prix : 493 clubs répartis dans sept pays et près d’un million d’adhérents.

Le classement des quatre premiers opérateurs du continent en dit long sur le positionnement gagnant. Basic-Fit (5,8 millions d’adhérents, 2 151 clubs), PureGym (2,1 millions), RSG Group avec McFIT (1,8 million) et Fitness Park (1,38 million) appartiennent tous au segment dit « valeur », le high value low price. Le low-cost n’a pas grignoté le marché, il l’a redessiné.

La France reste sous la moyenne européenne

Le Baromètre national des pratiques sportives 2025, publié en décembre 2025 par l’INJEP et le CRÉDOC, établit que 61 % des Français de 15 ans et plus pratiquent une activité physique au moins une fois par semaine, contre 59 % en 2023 et 54 % en 2018. L’effet des Jeux de Paris 2024 existe, mais il reste mesuré, de l’ordre de deux points entre 2023 et 2025.

Plus parlant pour notre sujet, la même enquête montre que la pratique en club ou en association est passée de 24 % à 20 % des pratiquants depuis 2018, tandis que la pratique en structure commerciale progresse. Ce basculement de l’associatif vers le commercial est le mouvement de fond du marché français.

Les études sectorielles (Xerfi) situent le marché autour de 2,5 Md€ de chiffre d’affaires pour 5 000 à 5 600 salles, avec un nombre d’adhérents estimé entre 6,5 et 8 millions selon les périmètres retenus. Le taux de pénétration français, de l’ordre de 10 à 12 %, reste inférieur à celui de l’Allemagne (14,8 %) et très éloigné de celui des États-Unis (24,9 %). La dynamique, elle, est bien là : au premier semestre 2025, l’Union Sport & Cycle relevait une fréquentation en hausse de 8 % et un chiffre d’affaires en progression de 6,2 %.

Taux de pénétration du fitness en 2025 : États-Unis 24,9 %, Espagne 16,5 %, Allemagne 14,8 %, moyenne européenne 11,0 %, France 10 à 12 %

Deux réseaux structurent ce marché. Basic-Fit exploitait 902 clubs en France au 30 juin 2026, contre une présence quasi nulle en 2016, et revendique en avril 2026 environ 30 % du marché français. Fitness Park, deuxième réseau national, comptait fin 2025 403 clubs au total, dont un peu plus de 200 en France et le reste en Espagne, au Portugal et au Maroc, pour 1,38 million d’adhérents et 461 M€ de chiffre d’affaires. Selon Deloitte, c’est la plus forte progression en nombre de clubs parmi les dix premiers opérateurs européens hors acquisitions, une croissance entièrement organique portée par la franchise.

Un point de vigilance mérite d’être signalé. Xerfi observe que la multiplication des ouvertures low-cost entraîne « une baisse assez franche du nombre d’adhérents par salle, et donc du chiffre d’affaires moyen ». Dans les zones les mieux équipées, la densité du parc devient un vrai sujet.

L’Espagne, marché le plus dynamique d’Europe occidentale

C’est aujourd’hui le marché le plus intéressant du continent, pour des raisons qui ne sont pas celles qu’on imagine.

Le premier rapport annuel consacré au secteur du fitness en Espagne, publié en avril 2026 par la Fundación España Activa avec Deloitte et la FNEID, converge avec le rapport européen sur les chiffres de 2025 :

  • 7,1 millions d’adhérents, en hausse de 8,3 %, soit une croissance 1,4 fois supérieure à la moyenne européenne
  • 3,2 Md€ de chiffre d’affaires (+13,1 %), troisième marché européen derrière le Royaume-Uni (7,6 Md€) et l’Allemagne (6,25 Md€), mais le plus dynamique des trois
  • 5 806 centres de fitness (+4,3 %)
Les grands marchés du fitness en Europe, chiffre d'affaires 2025 : Royaume-Uni 7,6 Md€, Allemagne 6,25 Md€, Espagne 3,2 Md€, France 2,5 Md€

Contrairement à une idée répandue, l’Espagne n’est plus un marché sous-équipé. Avec 16,5 % de pénétration sur la population de 15 ans et plus, elle se situe nettement au-dessus de la moyenne européenne, qui est de 11,0 %. L’histoire du rattrapage est datée. Celle qui se joue aujourd’hui est celle d’un marché qui se structure.

L’offre reste en effet très fragmentée. Les chaînes ne représentent que 31 % des centres, mais captent 68 % des adhérents, soit 4,8 millions sur 7,05 millions. Cette asymétrie alimente mécaniquement la consolidation. Le fonds Providence Equity Partners a réalisé dix acquisitions en moins de deux ans via sa plateforme VivaGym, et le rachat de Synergym annoncé en avril 2026 donne naissance à un ensemble de plus de 450 clubs, environ un million d’adhérents et 270 M€ de chiffre d’affaires, devenu le premier opérateur du pays par le nombre de centres.

Le rythme d’ouvertures accompagne ce mouvement : 397 ouvertures et 469 M€ investis en 2025, en hausse de 33,7 %, puis 220 ouvertures et 166 M€ au premier semestre 2026 selon 2Playbook Intelligence. Le nombre d’ouvertures est un record, mais le montant investi baisse de 20 % sur un an, signe que les formats ouverts sont plus petits.

Un déplacement géographique se dessine également. Au premier semestre 2026, 41 % des ouvertures ont eu lieu dans des communes de moins de 100 000 habitants. Le marché quitte les grandes métropoles, où les prix sont les plus élevés (plus de 75 € par mois à Madrid, pour une moyenne nationale de 56,8 €), et va chercher le volume dans les villes moyennes, où le ticket est bien plus bas. L’écart entre Madrid ou Barcelone et une ville de moins de 250 000 habitants atteint 25 € par mois, et la ville la moins chère d’Espagne en 2025, Cartagena, se situe à 35 €.

Le contexte macroéconomique est porteur, ce qui compte pour un secteur de consommation discrétionnaire. Après 2,9 % de croissance en 2024 et 2,8 % en 2025, la Banque d’Espagne attend 2,3 % en 2026, contre 0,9 % pour l’ensemble de la zone euro. La consommation des ménages progressait de 3,1 % sur un an au quatrième trimestre 2025. La démographie soutient elle aussi la demande : l’Espagne comptait 49,69 millions d’habitants au 1er avril 2026, en hausse de 0,93 % sur un an, une progression entièrement portée par le solde migratoire. En Andalousie, la population atteint un record historique de 8,78 millions d’habitants, avec des poches particulièrement dynamiques dans le sud-est.

Comment fonctionne l’économie d’une salle « valeur »

Le modèle est plus lisible qu’on ne l’imagine, et les opérateurs cotés le documentent en détail. Les chiffres qui suivent sont ceux de Basic-Fit et de The Gym Group, tirés de leurs rapports annuels 2025. Ce sont des groupes de grande taille, dont les ratios ne se transposent pas tels quels à un club isolé, mais qui donnent la structure du modèle.

Le revenu d’abord : un adhérent rapporte 24,91 € par mois chez Basic-Fit en 2025, contre 22,86 € en 2022, soit une progression régulière d’environ 2,9 % par an. Ce revenu est prélevé automatiquement et la durée moyenne d’adhésion atteint 24 mois. Les revenus annexes, coaching, boissons ou entrées à l’unité, ne pèsent que 2,6 % du total : la montée en gamme se joue à l’intérieur de l’abonnement lui-même.

Le volume ensuite : un club Basic-Fit compte en moyenne 2 902 adhérents, pour une cible à maturité de 3 250. Ce modèle ne vend pas de l’espace, il vend de la densité.

Vient alors le levier opérationnel, qui est le point clé. Un club atteint le cash-flow positif autour de 1 400 adhérents, soit 43 % de sa cible. Au-delà de ce seuil, presque chaque euro d’abonnement supplémentaire descend directement en trésorerie.

La structure de coûts est stable et bien documentée. Chez Basic-Fit en 2025, rapportés au chiffre d’affaires des clubs, le loyer représente 21 %, le personnel 19 % et les autres charges d’exploitation 25 %, pour une marge publiée au niveau du club, après loyer, de 36,1 %. Chez The Gym Group, dans un autre pays et une autre devise, les coûts de site représentent 64,2 % du chiffre d’affaires, soit une marge implicite de 35,8 %, pratiquement le même chiffre. Cette convergence fait de ce modèle une économie unitaire industrielle et reproductible plutôt qu’une performance isolée. Elle repose notamment sur une intensité de main-d’œuvre très faible, Basic-Fit indiquant faire tourner un club avec environ trois équivalents temps plein.

Où va 1 € d'abonnement ? Structure de coûts d'un club « valeur » en % du chiffre d'affaires : marge d'exploitation 35,7 %, autres charges 24,7 %, loyer 20,8 %, personnel 18,8 % (source : Basic-Fit, rapport annuel 2025)

Reste le retour sur investissement. Ouvrir un club neuf coûte en moyenne 1,33 M€ chez Basic-Fit, auxquels s’ajoutent 60 k€ de dépenses de maintenance par an. Le groupe n’approuve un nouveau bail que si l’analyse du site fait ressortir un retour sur capital investi d’au moins 30 % à maturité. Le chiffre effectivement constaté sur les clubs matures était de 31 % en 2025, pour un délai de retour sur investissement de trois à quatre ans.

Une dernière donnée résume ce que le low-cost gagne et ce qu’il ne gagne pas. Au Royaume-Uni, le segment est passé de 4 % des adhérents en 2012 à 28,4 % en 2025, mais il ne représente que 15,2 % de la valeur du marché. C’est la définition même du modèle : capter le volume à moitié prix.

Trois points que nous surveillons

Aucun marché ne progresse en ligne droite, et trois sujets méritent d’être suivis.

L’inflation salariale et le coût des nouveaux formats, d’abord. Chez Basic-Fit, la marge au niveau des clubs après loyer est passée de 38,3 % en 2024 à 36,1 % en 2025, et le poste personnel de 15,9 % à 18,7 % du chiffre d’affaires, principalement du fait du déploiement des clubs ouverts 24 heures sur 24. Sur la même période, le retour sur capital investi des clubs matures est revenu de 35 % en 2023 à 31 % en 2025. Le modèle n’est pas immunisé contre le coût du travail.

Le plafond de prix sur le segment valeur, ensuite. En Espagne, le prix moyen du marché a progressé de 2,9 % en 2025, mais le low-cost n’a pas augmenté ses tarifs, sous l’effet de l’arrivée de Planet Fitness à 15 € par mois, relevés à 18 € en avril 2026. Le volume se paie parfois en pouvoir de fixation des prix.

L’énergie et le test de la récession, enfin. Le choc énergétique de 2023 a fait passer la facture d’un club Basic-Fit de 25 k€ à 46 k€. Le risque est aujourd’hui couvert à plus de 80 % par des contrats à prix fixe, mais il reste le principal aléa de marge extérieur au modèle. Une précision qui nous paraît honnête, pour finir : le low-cost européen a démontré sa résistance à l’inflation en 2022 et 2023, il n’a encore jamais traversé une véritable récession de l’emploi.

Cela dit, le moral des opérateurs n’a jamais été aussi bon. Selon Deloitte, 83 % d’entre eux jugeaient leur activité « bonne » en janvier 2026, contre 64 % deux ans plus tôt. EuropeActive maintient de son côté son objectif de 100 millions d’adhérents européens à l’horizon 2030. Il s’agit d’un objectif de fédération et non d’une prévision, mais il correspond exactement au rythme de croissance observé en 2025.

Sources